Clientes au pluriel
Portraits de celles qui poussent ta porte
Dans une cabine d’esthétique, il y a des gestes que l’on pourrait presque faire les yeux fermés, des protocoles que l’on connaît par cœur et puis il y a les clientes, et aucune ne se ressemble.
Il y a celle qui commence à raconter sa journée avant même d’avoir posé son sac, celle qui consulte sa montre comme si chaque minute comptait double. Celle qui connaît si bien la cabine qu’elle y entre comme chez elle. Celle qui parle peu et celle dont tu devines, à son premier « ça va » que la journée n’a pas été simple pour elle.
Avec le temps, tu apprends à lire ces signes, une façon d’entrer, de s’installer, de parler beaucoup ou parfois pas du tout.
Celle qui raconte tout
Elle a commencé dans l’escalier. Le temps d’arriver en cabine tu connais déjà la collègue qui l’énerve, le dîner à organiser samedi et l’histoire avec sa belle-mère qui visiblement n’est toujours pas réglée depuis son dernier rendez-vous.
Une anecdote en entraîne une autre. Les parenthèses s’ouvrent, se referment pas toujours dans le bon ordre d’ailleurs…. Elle respire un grand coup et repart de plus belle. Elle s’étouffe en parlant en même temps qu’elle boit un verre d’eau. Soudain elle mentionne un souci personnel puis sans transition reprend son histoire de belle-mère.
Celle qui veut bien faire
Elle a suivi tous tes conseils, a respecté tes recommandations à la lettre et pourrait presque te les réciter par cœur. Hier, elle s’est même demandé si elle n’avait rien oublié, du coup aujourd’hui elle a tout écrit dans son carnet.
Parfois elle s’interroge : « C’est bien comme ça ? » Tu lui réponds « Mais oui, bien sûr ! ». Alors elle est rassurée. Ouf !
Celle qui court après le temps
Elle arrive avec trois minutes à l’avance. Son téléphone vibre avant même qu’elle soit assise, un message, puis deux. Tout en vérifiant la suite de sa journée elle regarde l’heure, puis t’annonce qu’elle doit repartir à 14h30, 14h35 au grand maximum… Elle jongle avec son agenda en permanence, ses rendez-vous débordent, sa to do-list ne raccourcit jamais.
Elle est pressée, tu restes zen. Son téléphone vibre encore mais cette fois, elle retourne l’écran contre la table. Enfin elle peut se détendre, c’est une victoire pour elle et pour toi aussi !
Celle qui arrive en retard
« Je suis désolée ! ». Elle franchit la porte, essoufflée, les cheveux en bataille, les clés encore à la main. Le feu était rouge, impossible de se garer. Et ce dernier coup de fil qui n’en finissait pas !
Elle sait qu’elle est en retard pourtant elle regarde l’heure une seconde fois comme pour s’en persuader elle-même. Elle s’excuse encore, tu avais déjà compris la première fois 😉. Enfin elle souffle, s’assoit et arrête de courir.
Celle qui connaît la maison
Elle n’a plus besoin qu’on lui indique où poser ses affaires. La cabine et les habitudes de la maison lui sont familières. Elle a connu l’ancien parquet avant les travaux et se souvient de détails que toi-même tu avais oubliés.
La nouvelle couleur du mur ? elle l’a déjà repérée en rentrant. La nouvelle machine ? il faudrait l’essayer avant même que tu la lui proposes.
Tu sais ce qu’elle aime. elle sait comment ça se passe. Elle ne te demande plus où s’installer, mais comment tu vas et repart avec un « à la prochaine ! » comme une évidence.
Celle qui parle peu
Elle prend place tranquillement. Quelques mots suffisent., un sourire, un regard, parfois juste un « oui » murmuré.
Elle ne cherche pas à combler les silences et toi non plus. Avec elle, la cabine change de rythme, les gestes prennent leur place, le calme aussi. Le silence s’installe naturellement et personne ne cherche à le rompre, ça fait du bien aussi !
Celle qui n’est pas tout à fait comme d’habitude
D’habitude, elle raconte aujourd’hui, beaucoup moins.
Elle sourit. Elle dit que ça va. Tu comprends que ce n’est pas son « ça va » habituel celui qui d’ordinaire sonne vrai.
Tu ne poses pas de question, elle parlera si elle en a envie. Et s’il ne se passe rien de plus qu’un silence partagé, ce sera peut être ce dont vous aurez besoin aujourd’hui.
Un regard qui se construit avec l’expérience
Il est fort possible qu’au fil d’une seule journée, tu croises toutes ces clientes. Avec l’une, tu plaisantes avec l’autre, tu parles à peine. L’une se confie, l’autre garde ses distances. Pourtant tu sais que rien n’est figé car la bavarde peut un jour ne pas avoir envie de parler, la pressée peut arriver avec l’envie de ralentir et celle que tu pensais discrète peut soudain te confier un morceau de sa vie. Dans un institut les clientes changent au gré des journées, des périodes, de ce que la vie leur apporte et toi instinctivement, tu t’adaptes.
Tu sens quand la conversation peut s’étirer et quand quelques mots suffisent. Tu écoutes sans chercher à tout savoir, tu rassures quand un doute s’installe. Parfois, tu ne fais rien de particulier et c’est amplement suffisant.
Il y a ce que tes mains maîtrisent mais aussi ce que tu arrives à lire entre les lignes et ce savoir là ne s’apprend dans aucun protocole. Il se construit à chaque rendez-vous, cliente après cliente ; bavarde aujourd’hui, silencieuse demain, pressée un jour, avec l’envie de ralentir le suivant, fragile parfois, forte aussi et souvent un peu des deux à la fois.
Chez Fille au Pluriel, nous savons que la richesse de ton métier est de savoir accueillir tes clientes sous toutes leurs facettes car chacune d’elles se conjugue au pluriel.